{"id":1723,"date":"2020-05-06T16:30:36","date_gmt":"2020-05-06T14:30:36","guid":{"rendered":"http:\/\/bernard-visse.fr\/ev\/?page_id=1723"},"modified":"2020-05-06T16:30:37","modified_gmt":"2020-05-06T14:30:37","slug":"victor-bernier","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bernard-visse.fr\/ev\/victor-bernier\/","title":{"rendered":"Victor Bernier"},"content":{"rendered":"\n<p>Article paru dans <em>Le Courrier de l&rsquo;Ouest<\/em>, le 19 f\u00e9vrier 2007<\/p>\n\n\n\n<h3>\u00ab\u00a0Homme politique et p\u00e8re\u00a0\u00bb :<br>son fils Alain \u00e9voque Victor Bernier<\/h3>\n\n\n\n<p><em>Alain Bernier, coauteur de plusieurs feuilletons publi\u00e9s dans notre journal, vit \u00e0 Paris. Mais ses liens avec Angers n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 rompus. Son p\u00e8re Victor Bernier, figure du d\u00e9partement dans les ann\u00e9es 30 et 40, maire d&rsquo;Angers \u00e0 plusieurs reprises, est mort il y a 55 ans tout juste. L&rsquo;occasion pour Alain Bernier d&rsquo;\u00e9voquer l&rsquo;homme politique et priv\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai envie de dire quelques mots sur mon p\u00e8re, Victor Bernier, dont le nom a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 une place d&rsquo;Angers en reconnaissance de son action. D&rsquo;abord, quelques dates surprenantes. Mon p\u00e8re est n\u00e9 en 1868 et mon grand-p\u00e8re paternel, qui m&rsquo;a connu, en 1827 sous Charles X !<\/p>\n\n\n\n<p>Si ce t\u00e9moignage para\u00eet aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pour une raison majeure : je me sens coupable. En effet, depuis mon adolescence, j&rsquo;\u00e9cris des romans, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des nouvelles, en collaboration avec Roger Maridat, et des po\u00e8mes. En pensant \u00e0 toutes ces heures de bonheur consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, j&rsquo;\u00e9prouve une grande peine en me rendant compte que, sans doute par pudeur, je n&rsquo;ai jamais consacr\u00e9 une ligne \u00e0 mon p\u00e8re. Par ailleurs j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, de voir les drames de l&rsquo;incompr\u00e9hension entre p\u00e8res et fils. Les premiers ne parvenant pas \u00e0 se faire entendre, les seconds \u00e9tant exasp\u00e9r\u00e9s de les \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pharmacien et \u00e9lu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es vingt (je suis n\u00e9 en 1922), le style et le rythme de vie \u00e9taient bien diff\u00e9rents de ceux de nos jours. Mon p\u00e8re, pharmacien, passait de nombreuses heures \u00e0 la mairie, ce qui le passionnait. Il revenait d\u00e9jeuner \u00e0 la maison, comme tout le monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Quand je l&rsquo;entendais entrer, pour jouer je me cachais aussit\u00f4t et il se mettait \u00e0 me chercher en faisant des commentaires amusants sur les endroits o\u00f9 je pouvais me trouver. Il avait le don d&rsquo;arr\u00eater le jeu dans la bonne humeur et je savais que demandes ou pleurs pour continuer n&rsquo;auraient servi \u00e0 rien. Il n&rsquo;aurait jamais c\u00e9d\u00e9 et les r\u00e8gles impos\u00e9es ne me pesaient pas. Le dimanche matin, il me racontait des histoires d&rsquo;animaux qu&rsquo;il inventait et faisait \u00e9voluer de semaine en semaine en fonction des \u00e9v\u00e9nements du quartier. La boulang\u00e8re, par exemple, n&rsquo;a jamais devin\u00e9 que son chien, qui avait fait une fugue, s&rsquo;\u00e9tait rendu au lac Tanganyika o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 poursuivi par des crocodiles ; c&rsquo;est pourquoi il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux de rentrer chez lui !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En voiture&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9, en vacances dans les Vosges, mon p\u00e8re et moi allions en pleine for\u00eat, l\u00e0 o\u00f9 un petit ruisseau coulait. Avec des cailloux, nous installions des constructions que nous baptisions barrages, h\u00f4tels&#8230; Nous revenions tremp\u00e9s, mais ma m\u00e8re nous apportait des chaussures s\u00e8ches bien que ne s&rsquo;int\u00e9ressant pas \u00e0 nos projets architecturaux ! S&rsquo;il pleuvait, mon p\u00e8re me disait que nous avions de la chance car il connaissait des tas de jeux d&rsquo;int\u00e9rieur et j&rsquo;\u00e9tais ravi. Lorsque je fus un peu plus \u00e2g\u00e9, il eut un moyen tr\u00e8s efficace pour me faire travailler au lyc\u00e9e : j&rsquo;allais au cin\u00e9ma en fonction de mes efforts. Jamais je n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 gifl\u00e9 et j&rsquo;apprenais les \u00ab\u00a0bons principes\u00a0\u00bb sans m\u00eame m&rsquo;en rendre compte. Par exemple, nous ne poss\u00e9dions pas de voiture, mais mon p\u00e8re en avait une \u00e0 la mairie. Lui ayant demand\u00e9 \u00e0 y monter, il me r\u00e9pondit : \u00ab\u00a0<em>Tu n&rsquo;y as pas droit puisque tu ne travailles pas \u00e0 la mairie<\/em>\u00ab\u00a0. Ma m\u00e8re non plus n&rsquo;en profitait pas. Puisque nous parlons de la voiture de la mairie, citons une utilisation m\u00e9morable. En 1940, apr\u00e8s le d\u00e9part des troupes fran\u00e7aises, Angers n&rsquo;\u00e9tait plus d\u00e9fendu. Pour \u00e9viter que la ville ne soit prise pour cible, mon p\u00e8re et le chauffeur sont partis au-devant des Allemands avec, comme drapeau blanc, une taie d&rsquo;oreiller. Ils ont risqu\u00e9 leur vie, mais Angers n&rsquo;a subi aucun dommage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ramen\u00e9 \u00e0 la mairie par la foule \u00e0 la Lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re montra beaucoup de dignit\u00e9 pendant toute la guerre pour tenter d&rsquo;\u00e9viter des complications continuelles avec les occupants. Le souvenir le plus beau de sa vie fut le jour de la Lib\u00e9ration quand il fut ramen\u00e9 \u00e0 la mairie par la foule qui l&rsquo;applaudissait. Une anecdote qui marque une \u00e9poque : quand mon p\u00e8re fut \u00e9lu conseiller g\u00e9n\u00e9ral en 1920, il \u00e9tait le seul \u00e0 ne pas avoir de nom \u00e0 particule au sein de l&rsquo;assembl\u00e9e d\u00e9partementale. Cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 qu&rsquo;il en devienne, par la suite, le pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re s&rsquo;est \u00e9teint le 22 f\u00e9vrier 1952. Il avait \u00e9t\u00e9 un homme plein de vie et de dynamisme, adorant travailler, s&rsquo;occuper des autres, voyager. Homme de devoir, il n&rsquo;en faisait pas \u00e9talage tant c&rsquo;\u00e9tait naturel pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Bernier<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans Le Courrier de l&rsquo;Ouest, le 19 f\u00e9vrier 2007 \u00ab\u00a0Homme politique et p\u00e8re\u00a0\u00bb :son fils Alain \u00e9voque Victor Bernier Alain Bernier, coauteur de plusieurs feuilletons publi\u00e9s dans notre journal, vit \u00e0 Paris. Mais ses liens avec Angers n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 rompus. Son p\u00e8re Victor Bernier, figure du d\u00e9partement dans les ann\u00e9es 30 et 40, maire d&rsquo;Angers \u00e0 plusieurs reprises, est mort il y a 55 ans tout juste. L&rsquo;occasion pour Alain Bernier d&rsquo;\u00e9voquer l&rsquo;homme politique et priv\u00e9. J&rsquo;ai envie de dire quelques mots sur mon p\u00e8re, Victor Bernier, dont le nom a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 une place d&rsquo;Angers en reconnaissance de son action. D&rsquo;abord, quelques dates surprenantes. Mon p\u00e8re est n\u00e9 en 1868 et mon grand-p\u00e8re paternel, qui m&rsquo;a connu, en 1827 sous Charles X ! Si ce t\u00e9moignage para\u00eet aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pour une raison majeure : je me sens coupable. En effet, depuis mon adolescence, j&rsquo;\u00e9cris des romans, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des nouvelles, en collaboration avec Roger Maridat, et des po\u00e8mes. En pensant \u00e0 toutes ces heures de bonheur consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, j&rsquo;\u00e9prouve une grande peine en me rendant compte que, sans doute par pudeur, je n&rsquo;ai jamais consacr\u00e9 une ligne \u00e0 mon p\u00e8re. Par ailleurs j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, de voir les drames de l&rsquo;incompr\u00e9hension entre p\u00e8res et fils. Les premiers ne parvenant pas \u00e0 se faire entendre, les seconds \u00e9tant exasp\u00e9r\u00e9s de les \u00e9couter. Pharmacien et \u00e9lu Dans les ann\u00e9es vingt (je suis n\u00e9 en 1922), le style et le rythme de vie \u00e9taient bien diff\u00e9rents de ceux de nos jours. Mon p\u00e8re, pharmacien, passait de nombreuses heures \u00e0 la mairie, ce qui le passionnait. Il revenait d\u00e9jeuner \u00e0 la maison, comme tout le monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Quand je l&rsquo;entendais entrer, pour jouer je me cachais aussit\u00f4t et il se mettait \u00e0 me chercher en faisant des commentaires amusants sur les endroits o\u00f9 je pouvais me trouver. Il avait le don d&rsquo;arr\u00eater le jeu dans la bonne humeur et je savais que demandes ou pleurs pour continuer n&rsquo;auraient servi \u00e0 rien. Il n&rsquo;aurait jamais c\u00e9d\u00e9 et les r\u00e8gles impos\u00e9es ne me pesaient pas. Le dimanche matin, il me racontait des histoires d&rsquo;animaux qu&rsquo;il inventait et faisait \u00e9voluer de semaine en semaine en fonction des \u00e9v\u00e9nements du quartier. La boulang\u00e8re, par exemple, n&rsquo;a jamais devin\u00e9 que son chien, qui avait fait une fugue, s&rsquo;\u00e9tait rendu au lac Tanganyika o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 poursuivi par des crocodiles ; c&rsquo;est pourquoi il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux de rentrer chez lui ! En voiture&#8230; L&rsquo;\u00e9t\u00e9, en vacances dans les Vosges, mon p\u00e8re et moi allions en pleine for\u00eat, l\u00e0 o\u00f9 un petit ruisseau coulait. Avec des cailloux, nous installions des constructions que nous baptisions barrages, h\u00f4tels&#8230; Nous revenions tremp\u00e9s, mais ma m\u00e8re nous apportait des chaussures s\u00e8ches bien que ne s&rsquo;int\u00e9ressant pas \u00e0 nos projets architecturaux ! S&rsquo;il pleuvait, mon p\u00e8re me disait que nous avions de la chance car il connaissait des tas de jeux d&rsquo;int\u00e9rieur et j&rsquo;\u00e9tais ravi. Lorsque je fus un peu plus \u00e2g\u00e9, il eut un moyen tr\u00e8s efficace pour me faire travailler au lyc\u00e9e : j&rsquo;allais au cin\u00e9ma en fonction de mes efforts. Jamais je n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 gifl\u00e9 et j&rsquo;apprenais les \u00ab\u00a0bons principes\u00a0\u00bb sans m\u00eame m&rsquo;en rendre compte. Par exemple, nous ne poss\u00e9dions pas de voiture, mais mon p\u00e8re en avait une \u00e0 la mairie. Lui ayant demand\u00e9 \u00e0 y monter, il me r\u00e9pondit : \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;y as pas droit puisque tu ne travailles pas \u00e0 la mairie\u00ab\u00a0. Ma m\u00e8re non plus n&rsquo;en profitait pas. Puisque nous parlons de la voiture de la mairie, citons une utilisation m\u00e9morable. En 1940, apr\u00e8s le d\u00e9part des troupes fran\u00e7aises, Angers n&rsquo;\u00e9tait plus d\u00e9fendu. Pour \u00e9viter que la ville ne soit prise pour cible, mon p\u00e8re et le chauffeur sont partis au-devant des Allemands avec, comme drapeau blanc, une taie d&rsquo;oreiller. Ils ont risqu\u00e9 leur vie, mais Angers n&rsquo;a subi aucun dommage. Ramen\u00e9 \u00e0 la mairie par la foule \u00e0 la Lib\u00e9ration Mon p\u00e8re montra beaucoup de dignit\u00e9 pendant toute la guerre pour tenter d&rsquo;\u00e9viter des complications continuelles avec les occupants. Le souvenir le plus beau de sa vie fut le jour de la Lib\u00e9ration quand il fut ramen\u00e9 \u00e0 la mairie par la foule qui l&rsquo;applaudissait. Une anecdote qui marque une \u00e9poque : quand mon p\u00e8re fut \u00e9lu conseiller g\u00e9n\u00e9ral en 1920, il \u00e9tait le seul \u00e0 ne pas avoir de nom \u00e0 particule au sein de l&rsquo;assembl\u00e9e d\u00e9partementale. Cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 qu&rsquo;il en devienne, par la suite, le pr\u00e9sident. Mon p\u00e8re s&rsquo;est \u00e9teint le 22 f\u00e9vrier 1952. Il avait \u00e9t\u00e9 un homme plein de vie et de dynamisme, adorant travailler, s&rsquo;occuper des autres, voyager. Homme de devoir, il n&rsquo;en faisait pas \u00e9talage tant c&rsquo;\u00e9tait naturel pour lui. 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